TOME 9
HUIT MINUTES SUR DES NOUILLES


En 1999, Sébastien réitère, mais cette fois avec des moyens. Les films Jack Fébus mettent plusieurs dizaine de milliers de francs sur la table, louent un bâtiment entier de l’asile psychiatrique de Ville d’Avray, et tentent de se convaincre que L’entrée de la blonde est une vraie idée et non pas un film expérimental en hommage au cinéma. Sébastien Gendron les rassure : ce sera le premier court-métrage sur le tournage d’un générique. Le générique en question est écrit avec des nouilles sur le sol d’un immense couloir. Diverses péripéties vont évidemment lui arriver, sinon, ça n’a aucun intérêt. Et notamment, un certain nombres de personnages qui vont marcher dessus et tout éparpiller. Ca, c’est pour l’histoire. Pour le tournage lui-même, l’équipe déco (de laquelle fait partie le propre frère de Sébastien, Arnold) passera toute la nuit précédent le premier tour de manivelle à écrire ce foutu générique sur vingt mètres de corridor, entourée par les fous. Le matin suivant, lorsque Jérôme Peyrebrune, le chef opérateur, arrive sur le plateau, il y a un énorme problème : le générique a été écrit sur une largeur trop importante, la Dolly ne pourra pas passer dessus sans tout écraser. Il faut donc refaire. Voilà à quoi l’équipe déco va passer son temps pendant quatre jours : remettre des nouilles en place sur un sol glissant. Le résultat est effectivement expérimental, comme le redoutaient les producteurs de Jack Fébus, tant est si bien que deux ans plus tard, ils perdront, au cours d’un déménagement, l’unique copie 35 de ce monument.