En 1997, Sébastien Gendron tourne son premier court-métrage en fauchant une boite de 16 mm sur le tournage d’un téléfilm en Suisse pour lequel il est second assistant. Ca pourrait être une légende mais ça n’en est pas une. La bobine ne permettra pas de faire plusieurs prises. Pas de problème. Le jeune réalisateur décide de tout tourner avec un camesope, de raconter l’histoire d’une caméra accidentellement allumée que l’opérateur éteint au moment de filmer, et de montrer la réaction des deux commanditaires du film une fois qu’ils se retrouvent seuls dans leur chambre face au poste de télévision. Les trois quart du tournage sont donc fait en vidéo, cette vidéo est montée dans la nuit de magnétoscope à magnétoscope, puis ce montage est diffusé le lendemain sur le décor de la chambre d’hôtel des deux protagonistes. La première étape, le tournage de l’escapade de l’opérateur fut très simple. La seconde, bien moins. Sébastien a des envies de travelling avant, un long plan séquence, très fluide, qui avance en direction du poste de télévision de la chambre alors que les deux personnages entrent, mettent la cassette dans le lecteur et s’assoient dans leurs fauteuils respectifs. Seulement voilà. Si le directeur de production du téléfilm a eu la gentillesse de tourner la tête au moment où la boite de 16 mm sortait du carton, le chef machino lui, a voulu monnayé le prêt de sa Dolly et de son rail. En francs suisse. Sébastien Gendron, qui a son honneur, a refusé. Voilà comment l’équipe du film Le truc se retrouve un dimanche matin, dans une étable désaffectée du Valais dont le fond a été décoré en chambre d’hôtel, avec une voiture à cheval sur la travée centrale, coffre ouvert, Joseph Arredy le chef opérateur et son assistant dans le coffre, massés autour de la caméra. A l’avant du véhicule, deux stagiaires poussent lentement ce travelling de près d’une tonne et freinent comme ils peuvent lorsque l’écran de la télé emplit totalement le cadre. Deux prises.
